Genève refuse de retirer la photo qui dérange - Président Büchel reste ferme
26. April 2016
Erschienen in: 24heures

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Genève refuse de retirer la photo qui dérange

Polémique La Ville n'a pas accédé à la demande de la Turquie, concernant le retrait d'un cliché qui ne convenait pas au président turc.

La Ville de Genève n'a pas accédé à la demande de la Turquie. Se disant attachée à la liberté d'expression, elle refuse de retirer une photographie exposée sur la Place des Nations mettant en cause le président Recep Tayyip Erdogan.

Le Conseil administratif «maintient son autorisation pour que cette exposition se déroule en l'état» jusqu'à dimanche, a-t-il annoncé mardi. «Cette exposition de photographies participe à la défense de la liberté d'expression et à la mise en valeur de Genève en tant que capitale des droits humains», a-t-il écrit.

«Place des nations, Place des peuples», sur la Place des Nations, compte 58 images du reporter photographe genevois d'origine kurde et arménienne Demir Sönmez. L'une montre une banderole rendant M. Erdogan, alors Premier ministre, responsable de la mort d'un adolescent lors d'une manifestation à Istanbul. «Je m'appelle Berkin Elvan, la police m'a tué sur l'ordre du Premier ministre turc», peut-on y lire.

La photographie a été prise en mars 2014, sur ce «lieu symbolique au coeur de la Genève internationale» où des «manifestations se déroulent très régulièrement et en toute légalité», a précisé la Ville de Genève. Pour l'exécutif municipal, le travail de Demir Sönmez rend hommage aux nombreux groupes de population qui défilent ou se rassemblent pour la défense des droits humains.

Suites pénales possibles

Indépendamment de la décision politique de la Ville de Genève se pose la question de possibles conséquences pénales dans cette affaire, a commenté auprès de l'ats Andreas Donatsch, professeur en droit pénal à l'Université de Zurich. Le droit suisse reconnaît comme une infraction l'outrage à un Etat étranger, a-t-il souligné, renvoyant à l'article 296 du Code pénal.

Un outrage public dirigé contre un chef d'Etat ou un gouvernement étranger peut être sanctionné d'une peine de deux à trois ans de prison ou d'une peine pécuniaire, a rappelé Andreas Donatsch. D'après lui, les organisateurs de cette exposition de photographies pourraient être concernés à cause du cliché controversé.

Didier Burkhalter soutient Genève

«Décrocher une petite photo, c'est renoncer à un droit fondamental, a réagi le conseiller fédéral à la tête des affaires étrangères Didier Burkhalter, en déplacement à Bruxelles et interrogé par la RTS. La Place des Nations à Genève est dédiée «à la liberté d'expression»: il faut donner «la priorité» à ce droit.

«Nous respectons la liberté de tout artiste de déterminer lui-même le contenu de son oeuvre, mais le propos de cette photographie, qui met en cause l'ex-Premier ministre turc de façon injuste et farfelue, a fait réagir de nombreuses ONG turques en Suisse», a publié mardi l'ambassade de Turquie à Berne dans un bref communiqué.

Cette dernière a également assuré qu'elle avait tenté, alarmée par la communauté turque de Genève, de n'établir «qu'un contact verbal» avec les autorités de la Ville pour les rendre attentives à la situation. «Mais toute l'affaire a ensuite été amenée dans une toute autre direction, hors contexte», a regretté l'ambassade.

Des pressions turques

La Turquie a effectué des pressions politiques par le passé. L'emplacement choisi par la Ville de Genève pour l'édification du mémorial «Les Réverbères de la Mémoire», sur le génocide arménien de 1915, a été contesté par le Conseil fédéral au nom de la neutralité de la Genève internationale. La municipalité voulait l'ériger dans le parc du Musée Ariana, voisin du bâtiment des Nations unies.

Le mémorial devrait finalement voir le jour au Parc Trembley. La demande d'autorisation de construire a été déposée. Lauréate en 2011 d'un concours international lancé par la Ville de Genève, l'oeuvre de l'artiste français Mélik Ohanian a été exposée démontée dans le cadre de la dernière Biennale d'art contemporain de Venise.

Interrogé mardi au 12h45 de la Radio télévision suisse, le président de la commission de politique extérieure du Conseil national, Roland Büchel (UDC/SG), estime qu'il ne faut pas entrer en matière sur les pressions de la Turquie. «Ici ou ailleurs en Europe, c'est une nouvelle manie du gouvernement d'Erdogan», explique-t-il. (ats/nxp)

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